Devenir infirmier tout en étant salarié : l’apprentissage en IFSI le permet, et beaucoup d’étudiants l’ignorent. Le contrat fait de vous un apprenti salarié, payé chaque mois, mais le calendrier se durcit : cours, stages et travail chez l’employeur s’enchaînent sans vacances scolaires. Le programme de formation en IFSI reste le même, le diplôme d’État aussi. Ce qui change, c’est la façon de financer les études et le prix à payer en fatigue. Le sujet divise : pour les uns, c’est une bouée de sauvetage financière, pour les autres une charge de travail de plus dans un cursus déjà dense. Voici qui peut signer, ce que l’on gagne réellement et par où commencer pour décrocher un employeur.
Apprentissage en IFSI : qui peut signer, et à quel moment du cursus
La première condition tient à l’âge : le contrat s’adresse aux candidats jusqu’à 29 ans révolus, sans limite pour les personnes en situation de handicap. La seconde est un employeur prêt à vous accueillir, public ou privé, pourvu que la structure compte des infirmiers capables de devenir maîtres d’apprentissage. S’y ajoute la visite médicale d’embauche, qui vérifie votre aptitude à exercer le métier. Aucune de ces conditions ne remplace la sélection : l’apprentissage en IFSI ne dispense jamais du concours d’entrée.
Côté admission, Parcoursup s’applique comme pour tout autre candidat. Vous formulez vos voeux sur la plateforme, selon le calendrier habituel, puis l’institut vous oriente vers un centre de formation d’apprentis (CFA) chargé des démarches. Trouver un employeur ne suffit donc pas pour entrer en formation, et la place en institut reste à décrocher d’abord.
La plupart des contrats démarrent en deuxième ou en troisième année. La raison est mécanique : le diplôme d’État d’aide-soignant s’obtient par équivalence à la fin de la première année, et c’est lui qui autorise l’employeur à vous confier des missions d’aide-soignant. Signer pour les trois années reste rarissime, de l’avis des responsables de CFA. Quelques instituts, comme l’IFSI d’Agen-Nérac ou le centre de formation professionnelle Bordeaux Nord Aquitaine, ouvrent pourtant l’apprentissage en IFSI dès la première année.
Le contrat dure aussi longtemps que le cycle de formation poursuivi, et il peut se signer dans les trois mois précédant ou suivant la rentrée. Concrètement, un candidat qui rejoint le cursus en deuxième année s’engage pour la durée restante de ce cycle, pas pour une période arbitraire fixée à part.
Un réflexe utile avant de formuler vos voeux : demandez à l’institut visé s’il propose le contrat. La majorité le font, pas tous, et la convention avec un CFA conditionne tout le reste. Poser la question en début d’année évite de découvrir en juin qu’aucun contrat n’est possible là où vous espériez entrer.
Cours, stages et employeur : un rythme à 100 %
Au quotidien, l’apprenti change de statut selon le moment : étudiant en cours, stagiaire quand il part hors de chez son employeur, salarié le reste du temps. Le planning, fixé en début d’année, répartit ces périodes : dès qu’il n’est ni en cours ni en stage ailleurs, l’apprenti travaille dans sa structure, parfois le week-end ou pendant les vacances scolaires. Dans la plupart des cas, il effectue tout de même quelques stages dans d’autres structures pour répondre aux besoins de la formation.
Manon Morel, présidente de la FNESI, la fédération des étudiants en sciences infirmières, le résume sans détour : quand on n’est pas en cours, on doit aller travailler, « c’est du 100 % ».
Autre contrepartie, la variété des terrains. En formation initiale, les instituts veillent à faire passer leurs étudiants par la psychiatrie, les soins de courte et de longue durée, les soins individuels et collectifs. L’apprenti, lui, s’ancre dans un seul terrain principal. Florence Girard, présidente de l’ANDEP, l’association des directeurs d’écoles paramédicales, recommande donc de viser le centre hospitalier, où l’on découvre plusieurs services, plutôt qu’un EHPAD. L’apprentissage en IFSI y gagne en diversité, sans jamais égaler un cursus classique sur ce point.
Côté repos, oubliez le calendrier universitaire : vous bénéficiez au minimum de cinq semaines de congés payés, comme n’importe quel salarié. Le revers tient à l’encadrement. La FNESI s’inquiète du nombre limité de maîtres de stage, et un tuteur débordé devient vite un frein pour l’apprenti.
La même responsable de l’ANDEP prévient d’ailleurs que l’apprenti ne doit pas servir de variable d’ajustement dans une équipe. Si le planning grignote vos temps de révision, alertez votre CFA : il doit effectuer au moins deux visites chez l’employeur durant le contrat.

Ce que touche l’apprenti, face à l’indemnité de stage
Le salaire dépend de deux critères : l’âge et l’ancienneté du contrat. Selon L’Étudiant, la rémunération d’un apprenti va de 461,51 à 1 709,28 euros bruts, soit entre 27 et 100 % du SMIC, en fonction de l’âge et du niveau d’études. Pour un étudiant infirmier qui signe en deuxième ou troisième année, le barème relevé par Sant’Est CFA donne ces pourcentages du SMIC.
| Tranche d’âge de l’apprenti | Deuxième année en IFSI | Troisième année en IFSI |
|---|---|---|
| 18 à 20 ans | 51 % du SMIC | 67 % du SMIC |
| 21 à 25 ans | 61 % du SMIC | 78 % du SMIC |
| Plus de 26 ans | 100 % du SMIC | 100 % du SMIC |
Repère horaire parlant : l’indemnité de stage d’un étudiant infirmier s’échelonne de 1,03 à 1,70 euro de l’heure, quand la rémunération d’un apprenti va de 3,04 à 11,27 euros. Cet écart explique l’attrait du contrat, que L’Étudiant décrit comme une réponse à la précarité. Pour le détail du régime de stage, voir notre page sur l’indemnité de stage en IFSI.
Le contrat a pourtant un coût caché : en le signant, vous perdez votre bourse. Sant’Est CFA est formel, un apprenti ne peut plus bénéficier de sa bourse d’étudiant. Mettez donc les deux montants en regard avant de choisir. L’apprentissage en IFSI rapporte plus chaque mois, mais il ne cumule pas les deux aides.
Le statut de salarié ouvre aussi des droits que l’étudiant classique n’a pas : couverture maladie, cotisations pour la retraite et congés payés. Ces droits pèsent dans la balance, même s’ils se voient moins sur la fiche de paie que le montant mensuel.
Une précision fiscale joue en faveur du contrat : les salaires versés aux apprentis sont exonérés d’impôt sur le revenu, dans la limite d’un montant annuel égal au SMIC. Pour un étudiant encore rattaché fiscalement à ses parents, cette règle compte aussi dans le calcul du foyer.
Décrocher l’employeur, l’étape qui bloque le plus de dossiers
Tout se joue ici. Signer suppose un employeur, et c’est à vous de le chercher. Un CFA peut transmettre votre candidature à un établissement qui demande à recevoir des étudiants motivés, après en avoir discuté avec vous, mais il ne se substitue pas à votre démarche. Un point rassure : toute structure employant des infirmiers peut vous accueillir, hôpital public, clinique, EHPAD ou centre médico-social, et même hors de votre région, à condition de rester en France.
Vous n’avez pas à attendre d’avoir un employeur pour avancer. Sant’Est CFA accepte l’inscription avant même que vous ayez trouvé une structure, sans engagement : aucun frais d’inscription n’est demandé et seule la signature du contrat vous lie. Vous gagnez du temps pendant que vos candidatures circulent.
Pour repérer qui recrute près de chez vous, parcourez les offres d’emploi médicales à Évry-Courcouronnes. L’exercice vaut pour n’importe quelle ville : il montre quels hôpitaux, cliniques et structures médico-sociales publient des annonces, certaines en alternance. Cette veille locale nourrit une candidature spontanée bien mieux qu’un envoi à l’aveugle.
Les missions confiées correspondent à celles d’un poste d’aide-soignant, sous la responsabilité d’un maître d’apprentissage dont les compétences et le diplôme sont encadrés. Avant de signer, demandez qui sera votre tuteur, s’il sera disponible sur vos horaires et à quel rythme il vous reverra : la qualité de ce suivi pèse davantage sur votre année que la différence de quelques dizaines d’euros entre deux offres.
Du côté des employeurs, certains établissements pratiquent le prérecrutement par l’apprentissage : selon une directrice de CFA, les recrues gagnent six mois d’intégration. Un contrat moral peut même vous être proposé, pour rester un ou deux ans après le diplôme. Il n’a aucune valeur juridique et vous pouvez le rompre. Les autres voies de prise en charge sont détaillées dans notre page sur le financement de la formation d’infirmier.
Contrat signé : essai, rupture et aides pour tenir
Une fois l’employeur trouvé, le contrat se signe trois mois au plus tard après le début de la formation. Ses règles de départ pèsent autant que le salaire, car l’apprentissage en IFSI repose sur un véritable contrat de travail, dont le diplôme final reste identique.
La période d’essai et les conditions de rupture
Les 45 premiers jours forment une période d’essai : l’employeur comme l’apprenti peuvent rompre sans préavis ni motif. Passé ce délai, la rupture suppose un accord des deux parties, une faute grave de l’apprenti, un cas de force majeure ou une inaptitude constatée par le médecin du travail, sans obligation de reclassement pour l’employeur. L’apprenti peut aussi en prendre l’initiative, après un préavis fixé par décret.
En cas d’échec à l’examen, le contrat peut être prolongé par avenant, mais rien n’est automatique : cela dépend de la volonté de l’employeur et de la vôtre. Quant au stage de rattrapage, il suit les modalités de l’institut. À l’issue du contrat, vous restez libre d’accepter ou non l’embauche que l’employeur vous proposerait.
Logement et mobilité : les aides qui s’ajoutent au salaire
Le salaire n’exclut pas les aides au logement. Selon votre situation, la CAF verse l’APL et Action Logement propose ses dispositifs. L’aide Mobili-Jeune, réservée aux apprentis du privé non agricole, ne dépasse pas 100 euros par mois et ne descend pas sous 10 euros ; elle se demande durant le premier semestre de formation.
Le prêt Loca-Pass finance le dépôt de garantie des moins de 30 ans embauchés en alternance dans le privé, sans intérêts ni frais de dossier. Il existe aussi une aide au permis de conduire pour les apprentis sous contrat, et la carte nationale d’apprenti ouvre droit à des réductions tarifaires.



