La moitié de la formation en soins infirmiers se déroule en service, blouse sur le dos. L’indemnité de stage en IFSI couvre ces semaines-là, versée à un rythme hebdomadaire, et son montant surprend presque toujours celui qui la découvre sur son premier virement. Beaucoup la prennent pour un salaire déguisé. D’autres ignorent qu’un second flux, celui des frais de déplacement, se demande séparément et se perd faute de justificatifs conservés. Le sujet n’est presque jamais abordé en journée d’accueil, alors qu’il conditionne le budget des trois années qui suivent. Savoir qui verse quoi et selon quelles règles pèse autant sur le budget d’une année d’études que le financement de la formation.
Ce que recouvre vraiment l’indemnité de stage en IFSI
Trois enveloppes distinctes se cachent derrière un seul mot. La première est l’indemnité forfaitaire versée pour chaque semaine de stage en IFSI effectuée. La deuxième couvre les frais de déplacement entre le domicile et le lieu de stage, sur justificatifs et à la demande de l’étudiant. La troisième regroupe les aides sociales classiques, bourse comprise, qui ne dépendent pas du stage mais que beaucoup additionnent mentalement au reste. Les confondre conduit à réclamer la mauvaise somme au mauvais interlocuteur, souvent avec plusieurs mois de retard.
L’argent ne vient pas de l’hôpital. Le service qui vous accueille ne verse rien : il signe la convention, valide vos heures, transmet le dossier. Le financement des instituts de formation en soins infirmiers, indemnité comprise, relève du conseil régional, qui subventionne chaque institut en IFSI de son territoire et arbitre le calendrier de paiement.
Cette compétence régionale explique la plus grande source d’incompréhension entre promotions. Deux étudiants inscrits dans deux régions voisines, au même semestre du même cursus, ne touchent pas exactement la même chose : le socle de l’indemnité est national, mais les compléments transport, les avances de trésorerie et les délais de versement relèvent de décisions locales. L’agence régionale de santé, de son côté, agrée les instituts et arrête les capacités d’accueil sans jamais intervenir sur le paiement. Comparer votre situation à celle d’un ami formé ailleurs mène donc rarement quelque part : la seule référence fiable reste le règlement d’aide voté par votre propre région, consultable auprès du secrétariat de votre institut.
Reste une évidence peu dite en journée de rentrée. Cette somme n’a jamais eu vocation à rémunérer un travail : elle compense une contrainte, celle d’un cursus qui vous mobilise en établissement dès le premier semestre et jusqu’au diplôme d’État d’infirmier. La nuance paraît théorique. Elle devient très concrète au moment de remplir une déclaration de ressources.
Combien vous touchez par semaine, année après année
Le montant de l’indemnité de stage en IFSI progresse avec l’année de formation, selon une grille identique sur tout le territoire. Une revalorisation de 20 % a relevé ces montants après la crise sanitaire, dans la foulée de la mobilisation des étudiants en renfort dans les services. Les niveaux appliqués depuis cette hausse se lisent d’un coup d’œil.
| Année de formation | Indemnité hebdomadaire | Montant avant revalorisation |
|---|---|---|
| Première année | 36 € | 28 € |
| Deuxième année | 46 € | 38 € |
| Troisième année | 60 € | 50 € |
Le caractère forfaitaire porte tout le sens. Que la semaine compte 35 heures en chirurgie viscérale ou qu’un jour férié l’ampute, la somme ne bouge pas. Les nuits et les week-ends travaillés n’ouvrent droit à aucune majoration.
Rapporté au temps réellement passé en service, l’écart avec un emploi salarié est brutal, et il nourrit la fatigue financière des promotions bien plus que les examens. Un stage de cinq semaines en troisième année rapporte 300 €, encadrement de nuit compris. Beaucoup complètent avec des vacations d’aide-soignant le week-end ou l’été, au prix d’un rythme difficile à tenir sur trois ans. Le basculement arrive au diplôme : les offres d’emploi du secteur médical affichent alors des grilles sans commune mesure avec ce que perçoit un étudiant, ce qui rend les dernières semaines de stage un peu plus supportables.
Le calendrier de versement mérite lui aussi d’être anticipé. L’indemnité arrive rarement chaque semaine : la plupart des régions paient en une seule fois, après validation des feuilles de présence par l’institut, parfois plusieurs mois après la fin du stage. Un étudiant qui compte dessus pour régler un loyer de septembre se retrouve à découvert. Prévoir cette avance de trésorerie fait partie du métier d’étudiant infirmier, au même titre que l’achat des blouses et du stéthoscope.
Une précision utile avant la première déclaration fiscale : cette indemnité ne constitue pas un salaire et ne se déclare pas comme tel. Elle ne génère ni bulletin de paie, ni cotisations retraite, ni droits à l’assurance chômage.

Frais de déplacement : le poste qui pèse le plus lourd
Un stage à 40 kilomètres de chez soi coûte plus cher que l’indemnité ne rapporte. Le cas revient souvent en deuxième année, quand les terrains proposés s’éloignent de la ville où siège l’institut. Le stagiaire accueilli dans un établissement public bénéficie du remboursement partiel de ses trajets, comme les agents publics, ce qui ouvre deux dispositifs distincts pendant les stages en IFSI.
| Dispositif | Prise en charge | Plafond |
|---|---|---|
| Abonnement de transport en commun | 75 % du prix de l’abonnement | 104,04 € par mois |
| Forfait mobilités durables, 30 à 59 jours d’utilisation | Forfait annuel | 100 € |
| Forfait mobilités durables, 60 à 99 jours d’utilisation | Forfait annuel | 200 € |
| Forfait mobilités durables, 100 jours et plus | Forfait annuel | 300 € |
L’abonnement de transport pris en charge à 75 %
Le taux de prise en charge des titres de transport des agents publics est passé de 50 % à 75 %, et les stagiaires suivent la même règle. Une condition commande tout le reste : il faut un abonnement nominatif. Les tickets achetés à l’unité, les cartes rechargeables sans engagement et les pleins d’essence restent à votre charge. Un abonnement mensuel urbain, un abonnement multimodal ou un abonnement de train régional entrent dans le champ, dans la limite de 104,04 € par mois.
Un exemple rend la mécanique lisible. Sur un abonnement mensuel facturé 75 €, la participation de l’établissement atteint 56,25 € par mois. Le dossier se dépose auprès de la scolarité, pas auprès du service de soins, et beaucoup d’étudiants le découvrent au deuxième semestre, après avoir payé plein tarif pendant six mois.
Le forfait mobilités durables pour le vélo et le covoiturage
Venir à vélo ou partager une voiture ouvre droit à un forfait annuel, calculé sur le nombre de jours d’utilisation déclarés dans l’année. 30 jours suffisent à déclencher les 100 € ; il faut atteindre 100 jours d’utilisation pour toucher le montant maximal de 300 €. La déclaration se fait sur l’honneur, ce qui explique que le dispositif reste sous-utilisé par les promotions : personne n’en parle en cours. Un carnet de trajets tenu au fil des semaines suffit à justifier la demande, au même titre que les autres aides méconnues des étudiants en santé.
Pourquoi les étudiants paramédicaux sortent du régime de la gratification
Le Code de l’éducation pose un principe simple pour tous les stages étudiants : au-delà de deux mois de présence dans le même organisme, la gratification devient obligatoire. Son montant est fixé à 4,50 € par heure de présence effective, versé chaque mois, avec des règles de décompte précises : sept heures de présence valent un jour de stage, 22 jours valent un mois, et la durée totale ne peut pas dépasser six mois par année d’enseignement dans le même établissement.
Service-Public.fr le formule sans détour : l’étudiant paramédical en stage n’est pas concerné par la gratification. Les étudiants en soins infirmiers, les futurs kinésithérapeutes, les manipulateurs en électroradiologie relèvent d’un régime dérogatoire, celui de l’indemnité forfaitaire hebdomadaire décrite plus haut. Un stage de dix semaines à l’hôpital ne déclenche donc jamais le seuil des deux mois, quelle que soit sa durée réelle.
Cette exclusion n’a rien d’un oubli du législateur. Les stages paramédicaux sont intégrés au référentiel de formation, validés en crédits européens et encadrés par un tuteur de proximité : le droit les traite comme des temps de formation et non comme une mise à disposition de main-d’œuvre. La contrepartie de ce statut protecteur est financière, et elle se paie chaque semestre. Comprendre cette logique évite de réclamer une gratification que personne, à l’hôpital comme à l’institut, n’est en mesure de vous verser.
Le calcul qu’aurait donné la règle commune
L’ordre de grandeur mérite d’être posé. Dix semaines de stage à 35 heures représentent 350 heures de présence, soit 1 575 € de gratification si la règle commune s’appliquait. La même période de stage en IFSI, indemnisée en deuxième année, rapporte 460 €. L’écart dépasse le facteur trois, et il explique à lui seul les mobilisations étudiantes récurrentes sur ce sujet. Cette comparaison n’a aucune valeur juridique : elle mesure simplement la distance entre deux régimes que le droit distingue depuis le début.
Les démarches qui conditionnent le versement
Aucune somme ne tombe automatiquement. Le versement suppose un dossier complet, déposé dans les délais fixés par votre région, et une convention signée avant le premier jour en service. Le reste relève de l’organisation personnelle, au même titre que la préparation de vos terrains d’accueil et les conseils pour réussir vos stages en milieu hospitalier.
La convention de stage et ses mentions obligatoires
Trois signatures scellent le document : la vôtre, celle de l’établissement d’accueil et celle de l’institut. La convention fixe les dates, le volume horaire hebdomadaire, la présence éventuelle la nuit ou le dimanche, le régime de protection sociale et la liste des avantages accordés par la structure, restauration et prise en charge des frais de transport comprises. Un stage démarré sans convention signée n’ouvre droit à rien.
Les justificatifs de déplacement à conserver
La règle tient en une habitude : gardez tout, dès la première semaine. Attestation d’abonnement au nom de l’étudiant, relevé de paiement mensuel, déclaration sur l’honneur pour le vélo ou le covoiturage. Les demandes se déposent le plus souvent en fin de semestre, auprès du secrétariat pédagogique, et un justificatif manquant repousse le remboursement au semestre suivant.
Les situations qui suspendent le versement
Un arrêt maladie, une absence non rattrapée ou un stage interrompu réduisent le nombre de semaines indemnisées, puisque le décompte suit les semaines réellement effectuées. Les mobilités à l’étranger obéissent à des règles propres, avec des aides spécifiques qui remplacent l’indemnité classique. Le Crous, lui, continue de verser bourse et aides au logement pendant les périodes de stage : les deux dispositifs se cumulent sans se répondre. Signaler rapidement toute interruption de stage en IFSI au secrétariat évite un trop-perçu réclamé l’année suivante, situation plus courante qu’on ne le croit.
Sources
- Service-Public.fr — le stage des étudiants dans la fonction publique, 2026
- Service-Public.fr — le remboursement des frais de transport domicile-travail, 2026
- Ministère de la Fonction publique — la prise en charge des titres de transport des agents, 2023
- Étudiant.gouv — la revalorisation de l’indemnité de stage des étudiants en soins infirmiers, 2020




